"Pendant longtemps j'ai marché à la passion, me disant que sans elle je crèverais forcément au bout d'un moment.

Et depuis quelques mois, j'ai compris avec le recul qu'elle pouvait parasiter une relation au point de la dénaturer presque complètement. Le problème dans la passion, ce n'est pas l'amour, ce n'est ni le désir ni le plaisir. C'est le fait d'exagérer tout cela comme si on ne faisait pas confiance au temps et aux circonstances.

 

Je répète que le désir n'est pour moi pas une saleté -ce qu'il n'a jamais été - ni une nécessité égoïste. En effet, par delà mon désir qui est déjà d'une douceur toute femelle, mais d'une vigueur presque mâle, rien ne m'émeut plus qu'un homme qui s'abandonne complètement à tout ça. Jusqu'à lâcher prise par la jouissance. Et moi-même étant émue, profondément touchée en ma conscience du plaisir de l'autre, je règle mon degré de détachement du monde sur celui de mon partenaire.

Il faut beaucoup, beaucoup d'amour de cet amour-là, pour pouvoir en comprendre l'impact. Comprendre que par delà l'homme ou la femme qui t'embrasse et te serre dans ses bras, par delà son sexe, ses émotions, sa sueur, tout de l'autre, il y a faim d'être soulagé de l'impact extérieur, du monde extérieur, de tout ce qu'il exige.

 

M'abandonner à l'autre, en confiance, pour faire abstraction de ce qui n'est pas l'unité que je vise. De même que le monde, ou au moins la société, met à l'écart tout ce qui n'est pas elle. Le désir sexuel n'est, pour moi, pas uniquement un moyen de renforcer une relation amoureuse stable. Il n'est pas seulement un moyen de satisfaction physique, ce qui serait franchement trop facile, trop réducteur. Il est un moyen de résistance, un sens des priorités : est-ce que je cherche l'orgasme à tout prix, ou est-ce plus important de partager ma force de lien et émotionnelle avec l'autre, de le renforcer ?

Et il y a soif d'une certaine vérité charnelle, aussi. En somme, j'accepte de moi que je ne suis pas parfaite, j'accepte la même chose de toi, parce que je reconnais au delà de ce qui n'est pas parfait en nous que nous avons cette capacité commune de faire abstraction de ce qui nous diminue.

Aimer est une capacité non négligeable, indiscutable, mais désirer est une résistance au monde, une forme de contestation. L'état de conscience change, les sens sont amplifiés. Le désir est une force brute, le plaisir est la conséquence diffuse. Ainsi, par la maîtrise de cette force et l'acceptation de ses conséquences, le monde et ses failles et ses absurdités n'existe plus vraiment.

Ma vision de l'érotisme, la voilà. Une résistance diffuse, presque palpable. Un besoin de me retirer du monde et d'emmener l'autre. Me livrer à une dévoration symbolique, car à travers ça, c'est la vie elle-même que je bouffe."

 

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