25 juin 2018, 11 heures 18 : 

LUNDI, ENFIN !!! Parce que je déteste les dimanches.

Seul exploit d'hier, par ailleurs, avoir réussi à équeuter et dénoyauter des cerises destinées au congélateur pour renouveler progressivement les réserves. Vous imaginez le truc ? Me reposer en faisant les cerises sur un air de bossa nova (en l'occurence sur du Bebel Gilberto avec le volume à fond), dans le salon. Yes I can ! Et garder les queues de cerise en diurétique (traduction : si vous ne bossez pas, que vous êtes souvent chez vous et que vous avez envie de vous vider de vos toxines, vous n'avez qu'à vous en faire une infusion. Pas besoin de vous faire un dessin quant aux effets qui s'y rattachent)

 

Pas complètement en phase depuis samedi, cependant. Attention, quand je dis ça ce n'est pas une question d'humeur, mais c'est le signe qu'une tension sourde reste à éliminer, comme si l'angoisse couvait depuis quelques heures et qu'elle menaçait d'exploser d'ici peu. Foutue maladie, j'aurai ta peau. Même si tu fais partie de moi et que tu me permets certaines capacités une fois que je t'ai canalisée, tu n'es pas sensée faire partie de ma Vie immédiate. Donc tu dégages et tu te tiens tranquille en moi. (Oui, je parle à ma maladie... ça peut paraître très con, mais c'est ce que j'ai trouvé pour essayer de garder un minimum de contrôle quand à mes comportements, mes paroles et mes actes. Je le fais en étant parfaitement consciente. Ce n'est pas un caprice, ça fait partie de ma DTA ou Démarche Thérapeutique Autonome...)

Ce soir c'est décidé, je vais aller nager. Simplement évacuer la tension, à la fois par action et contemplation. Car à travers les longueurs, et les passages au hammam à l'étage en dessous (oui oui, là où je vais tu peux y aller moyennant 6 euros...) c'est aussi contre le venin de la Bête que je me bats, et à travers mon combat contre elle, c'est contre moi-même que je me bats, et à travers moi-même, je me bats contre mon impulsivité, contre ma colère, contre mon angoisse parfois si omnipotente. 

19 heures 04 : 

Rien que l'immersion dans le bassin est déjà très forte symboliquement. L'eau autour de moi est un vecteur, un canal transmetteur. L'eau, nous y grandissons pendant la grossesse, parfois nous y mourons par noyade (une pensée émue pour les êtres qui meurent en mer chaque année, marins comme migrants, comme n'importe qui...). 
L'eau qui nous donne la vie ou qui nous la reprend, par le ventre de la mère, ou de par le fameux mythe universel du Déluge ou d'autres mythes similaires décortiqués (ou pas) par C.J. Jung... La fameuse notion d'archétype. 

L'eau qui abrite l'espoir d'une nouvelle vie, ou la crainte de la mort.  

 

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Et à l'issue de la première longueur, une crampe... J'aurais du m'écouter. Il faut toujours s'immerger avec joie et accomplir systématiquement les échauffements nécessaires, les intégrer. Respect de soi-même, de son corps...

Petit exercice qui me sert toujours : au bout du bassin, là où c'est forcément plus profond qu'à l'opposé, on s'accroche à la barre avec une seule main, de préférence la dominante. On prend sa respiration, on se bouche le nez, et on s'immerge. Une, deux, trois, quatre, cinq. Parfois jusqu'à dix, pas plus. Et on remonte, on expire. Et on se répète, comme un mantra protecteur ou encourageant : 

Je sais comment j'entre en crise, mais je sais aussi comment en sortir.
Je m'accroche à la barre comme à ma Vie. 

ça n'a l'air de rien, mais répétez cet exercice quatre ou cinq fois durant la session. En même temps que l'eau me soulage du poids de l'angoisse, on ancre ces deux phrases dans l'inconscient. Simple autosuggestion qui porte toujours ses fruits. Et sonne 20 heures 15, heure à laquelle je quitte le bassin. Aucune frustration, mais seulement le soulagement d'avoir évacué l'angoisse en (très) grande partie.

Le reste partira dans le sommeil, comme de coutume. (à l'heure où je boucle ce paragraphe, je dois quand même avouer que je me suis boostée au guarana avant d'aller à la piscine. Ce qui a eu pour effet de me tenir éveillée jusque 6 heures dans la nuit de lundi à mardi... Bref, dopée comme jamais.)

 

22 heures 05 : 

Je sais que je ne perdrai personne si je continue à faire ce qu'il faut dans ma vie. Mais ce soir, trois heures après mon retour c'est encore plus évident pour moi. 

Dans l'eau, on n'entre pas comme on entre chez soi. On est entre la Vie et la Mort, entre le ciel et les profondeurs. On s'y sent bien en sachant qu'on peut remonter, ou rester, uniquement par notre volonté. 

Et à chaque fois que je vais nager, je m'immerge comme on retournerait dans le ventre maternel, ou comme on s'apprête à saluer ses propres Abysses. Avec respect et crainte, mais aussi beaucoup de gratitude, d'amour. 

Il en faut pour que l'Abysse nous considère de la meilleure façon.