C'est quand même curieux, ce que la Vie peut vous apprendre et vous désapprendre en peu de temps. 

Avec tout ce que les parents peuvent vous inculquer en termes de valeurs et de principes qu'on croit brevetés parce qu'on a grandi dans tel milieu, telle culture, telle religion, et dont vous vous rendez comptez que ces principes et valeurs sont universels à partir du moment où nous les recherchons dans notre Vie. 

Avec tout ce que la société veut vous faire admettre parfois les pires choses qui puissent se produire au sein du monde, comme des évidences inhérentes au Progrès, au Marché, à la Modernité... Comme si la compétition (et autres joyeuses mesquineries) entre les individus avait été inscrite dans nos gènes depuis toujours. 

Et vous vivez, vous défendez les uns et vous blâmez les autres pour ce qu'ils ont fait ou pas (ce qui n'est pas pour canaliser mon ambivalence, même si elle devient de moins en moins marquée... Enfin je pense). Sauf que quand vous avez une sensibilité très forte à la souffrance d'autrui, logiquement vous devenez le-la confident-e de ce même autrui. Vous découvrez les motivations derrière ses comportements, derrière ses actes... Vous découvrez la subtilité de la psychologie humaine, et vous saisissez qu'en fait, en voulant vous inculquer une vision purement manichéenne du monde et des êtres... On s'est bien foutu de vous. Si si, même sans intentionnellement vous nuire. 

Alors vous savez que sans lui accorder une quelconque suprématie sur les valeurs et les principes, il n'y a pas meilleur baromètre que l'expérience personnelle. 

Comme disent encore les punks (beaucoup de contrefaçons parmi ceux et celles qui se reconnaîtront),
Do it Yourself.
Et comme le pense votre dévouée Lo, 
Do Your Self. 

J'y reviendrai, mais là je suis trop claquée pour théoriser là-dessus. 

 

Depuis maintenant deux ans, je me suis souvent basée sur un principe étrange, mais finalement plutôt sensé : plutôt que d'occulter ou de vouloir absolument me débarrasser d'un défaut, d'un vice, d'un comportement agaçant (du moins jusqu'à un certain degré, restons fermes sur ce qui nuit à soi comme à autrui) chez soi comme chez l'autre, il faut apprendre à l'apprivoiser. De manière à pouvoir premièrement l'expliquer pour ensuite mieux le contrôler, le gérer. 


Mais comprendre quelque chose ne veut pas forcément dire qu'on doit le cautionner complètement. Si vous sentez que quelque chose peut vous nuire, arrêtez d'hésiter, et affrontez-le si vous le pouvez d'emblée. Et si vraiment il n'y a rien que vous puissiez faire pour améliorer les choses, fuyez et emmenez avec vous ce qui doit l'être. Je fais plus que vous y autoriser. En réalité, je vous y incite.


Un de mes visionnages récents pourrait parfaitement illustrer mon propos, éventuellement trouver un écho dans le parcours d'une personne qui pourrait un jour lire cet article (je devine déjà la question qui vous brûle les lèvres depuis le début de la lecture). Une personne qui chercherait à maîtriser quelque chose de douloureux en elle, de dur... Et que j'espère pouvoir peut-être aiguiller même si ça ne se résume pas à grand chose. 

 

Un jour, alors que j'hésitais longuement entre plusieurs films (bah oui quand on a mes problèmes de santé et ma situation sociale, aussi modeste qu'elle puisse être, on peut aussi mater des films en journée !!!), je me suis souvenu qu'on m'avait passé Split, de M. Night Shyamalan. J'ai toujours plus ou moins apprécié ce qu'il faisait (exception faite de Phénomènes et de son épidémie de suicides, devant lesquels j'ai ressenti un très gros malaise. Le film démarrait à 21 heures. Couchée au bout de trente minutes de visionnage pour recevoir un message dans la nuit m'apprenant le suicide d'une amie deux jours plus tôt. Encore maitenant je me dis que ce n'était pas un hasard.)

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Du coup, je démarre le film sur VLC. Et franchement, je l'ai trouvé pas trop mal fichu du fait de son sujet comme de l'interprétation, même si je n'en fais pas un film fétiche. MAIS... Une scène m'a marquée à un certain niveau, vers la fin. Je vous laisse la découvrir, une aubaine pour ceux qui aiment savoir la fin ;-)

Lorsque Casey cherche à se défendre de Kevin Crumb, devenu "la Bête" (en gros la 24ème personnalité qui l'habite*), on voit clairement qu'elle est en position de faiblesse, en dépit du fait qu'elle s'est réfugiée dans une immense cage afin de pouvoir s'en protéger et qu'elle commence à user du fusil. En apparence, elle semble fichue, impuissante. Mais aussi sanguinaire qu'il puisse être à présent, ce n'est qu'en voyant les cicatrices sur le ventre et les épaules de Casey (abusée dans son enfance par son oncle, pour Kevin ce fut sa mère) que Kevin prend conscience de la valeur émotionnelle, humaine de la jeune fille et que tout à coup il semble retrouver à travers la "pureté" qu'elle représente, en dépit de son drame personnel, une certaine "humanité". De même, Casey se rend compte qu'au fond, la folie de cet homme cache en réalité une immense souffrance. Au bout du compte, il disparaît du décor non sans prononcer cette fameuse phrase : "Les mutilés sont les plus évolués". Casey, bien qu'elle soit désormais l'unique survivante de cet enlèvement, comprend qu'elle partage avec Kevin bien plus que ce qu'elle aurait pensé au départ. Ces deux êtres, bien qu'antagonistes dans leurs actions et motivations respectives, se sont profondément reconnus sur le terrain traumatique. Entre écorchés de la Vie, on se comprend aisément. (NOTE ANNEXE: parfois même on se soutient et on lutte. Réalité malheureusement encore occultée dans le milieu de la psychiatrie par... Les psys eux-mêmes qui voient forcément d'un mauvais oeil le militantisme de certain-e-s patient-e-s qui eux arrivent à remettre en question leur mode de gestion des pathologies qui les touchent, notamment en ce qui concerne les traitements médicamenteux. Forcément qu'ils l'ont mauvaise,car malgré tout business is business. Signé le lobby pharmaceutique.)

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De même que la Bête lui a constaté cette pureté de coeur que Kevin a finalement perdue (garantie d'immunité qu'il lui confère quasiment face à sa propre Pulsion cannibale, donc meurtrière) et probablement sa "sympathie" (on la voit parler à quelques différentes personnalités à plusieurs reprises, malgré sa peur elle est la seule des trois enlevées à le faire), Casey comprend qu'en fin de compte, c'est en cherchant à comprendre un tant soi peu l'origine du mal qu'on arrive à maîtriser ce dernier. Dans son cas à elle, la maîtrise (ou la purge) du mal étant passée nécessairement par l'automutilation, ces cicatrices passant généralement pour des caprices aux yeux de nos sociétés peu à peu déshumanisées deviennent ici l'équivalent psychique d'un talisman protecteur. Un exemple qui n'a pas grand chose à voir, ou presque : si à une époque lointaine, en cas de désobéissance ou de méfait grave, certains marins avant d'embarquer se faisaient tatouer la Vierge Marie dans le dos pour s'épargner une bonne centaine de coups de fouet sur les navires, dans le cadre de Split, les cicatrices de Casey sont sa seule "arme" de dissuasion en quelque sorte pour finalement échapper à une forme d'anéantissement, au fait d'être dévorée par un mal qu'elle n'aurait pu maîtriser, du fait que malgré son intensité reconnue, il lui était totalement étranger dans sa construction. En apprivoisant, mais avant cela en reconnaissant le Mal qui ronge Kevin, Casey s'est reconnue, d'où ses larmes. Elle s'est approprié l'avantage de la survie, tout en se reconnaissant dans l'oeil de la Bête. 

 

Voilà voilà pour l'analyse scénique que j'espère vachement poussée. Ben oui. Sinon, comme je ne vous autorise pas à me donner la fessée, je vous autorise à me jeter des cacahuètes au cas où ça ne vous plairait pas. Naaaahhh !!!


* NOTE ANNEXE PSY : On sait qu'un trouble dissociatif de l'identité trouve généralement son origine dans des maltraitances, des abus sexuels... On ne compte plus les cas célèbres de cet acabit, tant la fascination du public et des médias pour le monde de la psychiatrie est aussi flagrante que  leur crainte est souvent abusivement et mutuellement nourrie (malgré les progrès effectifs autour de la prise en charge de troubles tels que la schizophrénie ou même le trouble borderline, surtout en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada... Je suis tentée de blâmer à chaque fois mon pays pour ses retards et ses ratés dans la façon dont elle prend en charge ses fous. Mais c'est bon, je me calme.) Alors j'en profite pour lancer ce qui va suivre, mais s'il-vous plaît, chers lecteurs chères lectrices, que vous soyez parents ou beaux-parents ou rien de tout cela, que vous adoriez les gosses ou qu'ils vous emmerdent, bref, essayez de faire preuve de maîtrise, mais surtout de fermeté et de compassion pour eux. Chaque geste, chaque mot, chaque action est capital-e pour les faire grandir. L'amour et la stabilité, comme la sécurité, leur sont plus essentiels que de les mettre devant une tablette à la con pour s'en débarrasser ou de leur offrir des conneries qu'ils délaisseront en peu de temps. Donnez-leur votre temps et votre amour, c'est plus important qu'autre chose. Merci d'avance et infiniment.)