Je boucle cet article ce matin, enfin... Je me suis connue plus rapide, mais on ne va pas en faire un drame. Le seul bémol, c'est que n'ayant pas de sujet à creuser mais ressentant pourtant une envie de gratter le papier... En plus j'étais fatiguée. Rien que de savoir qu'aujourd'hui je touche mon AAH, c'est un soulagement. 

1er février :

Hier,  dernière consultation avec la psychiatre qui me suit depuis mon arrivée en ville, le docteur C..., soit presque quatre ans. Rendez-vous à 15 heures dans les locaux du CMP, ressortie quinze minutes plus tard avec mon ordonnance et après les courbettes d'usage, du genre : "J'ai été ravie de faire ce bout de chemin avec vous, nanani nanana..." Bref je vous passe les détails, toujours est-il que pour une dernière consultation, c'était plié en quinze minutes avant le passage de relais à une autre psy, bien que le docteur C... ne parte en retraite que vers le mois de mai.

C'est dire à quel point, malgré la sympathie inhérente aux humains que nous sommes et restons (quitte à trouver le secret de la jeunesse éternelle dans cent ans et celui qui nous permettra d'arrêter de déféquer dans cinquante), en tant que patients, on reste malgré tout de la chair à statistique, de la chair à labos. Bref, l'abattage des patients en milieu psy a encore de beaux jours devant lui. Ce ne sont pas encore les chasses du comte Zaroff, certes. Ce ne sont heureusement plus les atrocités expérimentales du nazisme, OK. Mais cette espèce de fausse proximité relationnelle, bien qu'étant une illusion, me donne encore plus envie de donner la réplique à ces étranges pantins, si utiles pourtant, portant le préfixe -psy à leur profession.

Cela doit faire des années que je fais ça, de façon plus ou moins longue, plus ou moins régulière... Je m'en plains parfois, de tout ça. Mais à bien y regarder, c'est presque un job. Non non, je ne suis pas en train de me foutre de la gueule du monde. C'est comme si j'étais à la fois en position d'avocate (pour les circonstances atténuantes) et de négociante (pour la contrepartie sociale. Exemple : tu touches l'AAH et tu bénéficies de ton traitement, MAIS tu assures ta régularité aux activités thérapeutiques.) 

Mes seules et dernières motivations à accomplir un semblant d'introspection dans ces conditions si particulières, c'est que ce sont à la fois mes soins et mon autonomie qui sont conditionnés par mon suivi. 

Ci-dessus, une excellente compilation qui m'a aidée à boucler la première partie de cet article... Et qui devrait vous aider à avoir une idée de mon état d'esprit aujourd'hui. 

2 février :

Levée depuis 7 heures 45.

Et pendant que je commence mon article en sirotant un café sucré (un seul sucre, hein, si si je fais un effort...) j'écoute sur Radio Primitive l'interview d'un père de famille qui a inscrit ses quatre enfants en école Steiner et explique en quoi consiste cette pédagogie. Très intéressant, bien loin de la description de Wikipedia axée sur l'aspect sectaire qu'on veut lui coller en France (comme à tout ce qui échappen à la mainmise du gouvernement...) Un papa heureux de constater les progrès de ses enfants au sein de toute une pédagogie Steiner... Les individus sensés et ouverts d'esprit ont toujours existé, mais là ça me ravit. Malhuereusement, je dois sortir. 

Se faire refouler de l'entrée du CATTP sous le prétexte stupide et contre-productif que les infirmières n'acceptent plus les retardataires en mosaïque à dix heures et quart, qu'est-ce que tu fais ? Bah tu te casses du CATTP et tu vas faire un tour en ville. Et au moment de passer par le square Colbert, bam.... Malgré moi, juste à côté d'une des boîtes à livres dispatchées un pêu partout en ville... Une dame de 78 ans qui fait un scandale pas possible. Pour un "Fuck the system" tagué sur l'installation. Mais, et c'est une réalité qui nous dérangerait tous plus ou moins, plutôt que de se borner à un mini constat, elle a plus de caractère que prévu, la vache...

Je vous explique. 

J'ai du me taper pendant 10 ou 15 minutes non stop la discute avec une adjointe à la Mairie qui est apparemment à l'origine de cette initiative. Plutôt que de se borner à un mini-constat sur les incivilités de notre temps (car oui, elles sont effectives, on va pas se voiler la face...) Notre petite vieille (et encore je suis gentille, hein) se paie le luxe de taper un tel scandale par rapport au fait que des "jeunes cons" saccagent les boîes à livres dont elle a eu personnellement l'initiative. J'avoue qu'en ironisant à ce point, je peux en faire sursauter certain-e-s parmi vous. Mais le plus pittoresque, c'est quand cette personne, qui se dit "républicaine", crache son délire gériatrico-politicard sur tout et tout le monde (surtout les jeunes et les "socialos" comme elle disait si bien... ça en dit long) alors que la République, serait-elle capable de me la définir, la République, du haut de ses 78 balais ?

C'est bien beau de gueuler que c'était mieux avant, ceci cela, de partir dans la confusion de tout un tas de notions dont je me fous mais éperdument jusqu'à présent, mais la gauche la droite etc, c'est comme Dieu le Père : qui est capable en ce monde de donner une définition claire et définitive de ce que le moindre gugusse un peu simplet se met à défendre bec et ongles en ces temps troublés ?  

Je le reconnais humblement, amis lecteurs, moi non plus je ne serais pas capable de donner une définition claire et en détail de ce que cette dame a bien voulu défendre face à ma passivité trompeuse (ah bah oui, je la ferme mais j'en pense pas moins...). Pour la simple et bonne raison que pour ma part, je n'ai aucune opinion favorable à tout ce charabia. J'étais de base apolitique, je deviens doucement anarchisante. MAIS... Vous ne me verrez jamais militer, ou distribuer de tracts politiques dans la rue, vous ne me verrez pas dans le cortège, et loin de moi l'idée de caillasser un CRS, tout cela ne m'intéresse strictement pas. Je pars du principe que la politique c'est divertissant, OK, ça anime les conversations au comptoir, mais ça ne nourrit personne, ça ne paie les impôts de personne (c'est évidemment le contraire)... J'écoute cette dame. Je ne dis rien, je dis oui à tout pour ne pas me faire prndre la tête plus que ce qu'elle me la prend déjà... Je l'écoute dans ce qu'elle a de plus lambda, de plus inconsistant, conservateur, moralisateur. Et enfin, elle prend congé et me souhaite une bonne journée. Merci, de même. Soulagée d'un poids mental qui aura servi de contrepartie à celui que je subis pour la bonne cause en milieu psy. Fuck the system, vieille chieuse. Toujours d'une certaine façon, mais quand même. 

Non non, quand vous discutez avec certains vieux, je peux vous assurer que les Malgré-Nous, on ne les trouve pas qu'en Alsace-Lorraine... Dans ce contexte, moralement, vous êtes presque incorporés de force... Je sais, je suis sarcastique. Mais malgré le respect que je peux avoir pour les anciens, ça a le mérite d'être concret selon les cas de figure. Il faut de la compassion, je n'en démordrai pas plus, mais il y a des moments ou il faut savoir être franc avec soi-même et autrui, quitte à faire dans la plus pure vacherie verbale pendant cinq minutes. Basta. 

Aujourd'hui c'est Imbolc... Logiquement le renouveau progressif de la lumière après une période de ténèbres, la purification qui s'impose notamment par le fameux nettoyage de printemps... Planifier les projets, quotidiens comme exceptionnels. Ne pas flancher, jamais. 

3 - 4 février : 

Passé la première journée quasi-complète entre mes murs, au calme. Et à part pour chercher des produits d'entretien et passer en vitesse chez l'africain (renflouer les réserves cosmétiques en beurre de karité, et de la tisane de baobab...) je ne suis pas sortie de ma tanière. Failli sortir, mais ç' aurait été sans grande conviction... Du coup je suis chez moi, ce soir, à écrire depuis 16 heures, voire en fait 14 heures (la notion du temps chez moi étant extrêmement fluctuante selon l'état d'esprit). 
Je me dis au hasard que l'avantage de ne plus avoir de nouvelles d'une certaine personne (pour qui j'avais un béguin pas possible), c'est qu'indirectement elle me préserve de sa propre instabilité, même si ce n'était pas dans ses intentions. Et je sentais cette instabilité, et quand je ressens trop quelque chose de négatif qui m'a touché directement, je ne veux plus trop avoir affaire à la personne. Après, en cas de re-contact de sa part, je ne vais pas le refuser. Mais de ma propre initiative, c'est terminé de courir après... 

C'est radical de ma part, mais aujourd'hui je pars du fait que c'est une question de préservation personnelle. Je veux bien m'impliquer affectivement, mais je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler un coeur d'artichaut, malgré quelques extras... Cette tendance à garder en grande partie la tête froide me sauve de pas mal de déconvenues. 

La deuxième journée, dormir deux heures, me remettre à la rédaction, manger un morceau, tomber sur une retransmission de la Folle Journée de Nantes juste après un documentaire sur le Caravage. Ben quoi, y a rien d'ouvert le dimanche, autant que mon esprit le soit. 

 

ET AUJOURD'HUI ? Bah on est le 5... Je découvre qu'il a neigé, j'attends l'argent, et en écoutant du Depeche Mode (Exciter, bon album à mon sens) je boucle cet article en espérant être un peu moins fatiguée pour reprendre la rédaction d'ici quelques jours... 
Et je vais devoir me retaper deux heures en CMP (accueil de jour), car ça fait deux fois que je déserte... Deux heures ce n'est pas la mort, mais c'est quand même pesant moralement de baigner dans cette atmosphère... Même si je sais pourquoi je dois y aller. 

Le prix de la liberté, hein...?