Mercredi soir, troisième article en une journée. Impossible de vous expliquer si c'est le thé, les gélules de guarana ou la coke. 

 

En train de faire une liste des livres à acquérir à la Fnac. Il y a une anthologie de textes écoféministes, un bouquin plutôt maousse autour de l'oeuvre d'Araki... Je suis devenue une fan vers la fin des années 2000, lorsque les Inrocks lui ont consacré un portfolio dans leur hors-série estival "Sexe". j'avais quoi, peut-être 16 ou 17 piges... Trou de mémoire consécutif à ma prise d'indépendance depuis presque quatre ans. Le genre de magazine que j'allais acheter au kiosque de la gare de la petite bourgade alsacienne où je vivais alors avec mes parents... En mode parano. 

Bref, Araki et ses modèles attachées, encordées jusqu'à l'âme... Araki dont j'ai fait la rétrospective au musée Guimet avec bonheur, une ferveur presque religieuse tant la configuration de la salle me donnait le sentiment de pénétrer le saint des saints. 

Araki - Exposition au Musée national des arts asiatiques - Guimet

Figure incontournable de la photographie contemporaine japonaise, Nobuyoshi Araki est connu mondialement pour ses photographies de femmes ligotées selon les règles ancestrales du Kinbaku - l'art du bondage japonais -, pratique qui puise ses origines au XVe siècle. Cette exposition retrace cinquante années de son travail en plus de 400 photographies et compte parmi les plus importantes consacrées à Araki en France.

http://www.guimet.fr

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Fucking belle rétrospective.

 

Il y a de ceci, il y a de cela dans mes références culturelles. Et au milieu de tout ça, sans que l'auteur soit pour moi une référence absolue... Un roman de Costes. Je ne suis pas en train de délirer. 

Guerriers amoureux. Un bail que je le cherche, celui-là. 

 

 

 

 

 

 

 

Comme bon nombre de quidams, j'ai su qui était Costes lorsque j'ai visionné Baise-moi, il y a peut-être trois ou quatre ans de ça. Une sorte de grand gars, un peu maigre, genre l'étudiant aux Beaux-Arts en plus cool, moins fils à papa, moins guindé que les autres. Et surtout en plus barré. Curieuse de pouvoir assister à un de ses opéras trashs, un de ces quatre. je vous laisse découvrir la critique de Nova, plus douée que moi dans ce registre : 

Jean Louis Costes est un artiste-musicien-performeur-globe-trotter-acteur qui a joué ses opéras trash sur tous les continents. Il a aussi produit de nombreux films, CD, livres et dessins autour de son credo : l’être humain est un monstre.

Dans son dernier livre Guerriers amoureux comme dans ses chansons ou spectacles, Costes fonce le pied au plancher, à tombeau ouvert. Ses héros volent, violent, tuent et se tuent à force de rage, d’avidité, d’inconscience et de frénésie.

Trois anti-héros de banlieue : Patou le petit Blanc dégénéré, Darlène l’Haïtienne allumée et Momo l’Arabe perturbé vont, après leurs histoires d’ados agressifs et transgressifs se retrouver au bout du monde.

Le blanc en Amérique du sud, pour traficoter ;

Le beur en Afrique pour faire la guerre ;

La noire aux Etats-Unis pour prier... dit la postface. 

Malgré les références nombreuses à  nos vies contemporaines : musique, stars, consommation, porno, communautarisme, drogue et violence, Costes n’a qu’un but, décrire des animaux humains qui tentent de survivre tout en profitant sauvagement du peu qu’ils trouvent, dans une ambiance de délire mondial.

Costes, un Céline punk, mais aussi un prophète de la décadence, qui a précédé Houellebecq dans ses dégoûts et dérives misanthropes. Honnête, il a tout vu ou vécu de ses livres. Manipulateur, il a tout exagéré à mort, poussant à  fond les potards, comme dans sa musique. Hyperactif, il ne cesse de produire, lui qui semble ne croire en rien.

Dans sa palette de provocateur, Costes utilise sans cesse tous les liquides : de l’alcool au sang, sueur, urine, bave, sécrétions diverses. Ces fluides sont une constante dans sa palette d’artiste de la scène à la littérature. Cela opère une sélection sévère dans son public.

L’art officiel français ne le reconnaît  pas. On prend ses injures à l’humanité pour du racisme, son humour pour de la folie, ses excès pour un manque de self-control. Anti-mondain, anti-social, sans concession, ignorant toute stratégie et s’exemptant de tout égard pour les journalistes et autres critiques, il avance à la machette depuis le milieu des années 80, en véritable paria de la jungle culturelle, au mépris des multitudes d’artistes fonctionnaires à dossiers et recommandations.

Mais ses livres sont vivants, bourrés d’actions (mauvaises), d’humour (au vitriol), et rédigés dans un style moderne ultra-rapide. Un style que vous goûterez si vous acceptez que des humains se comportent comme des bonobos (baise non stop), quand ce n’est pas comme des serial killers, le tout décrit au fish-eye, par un naïf, sans aucun respect pour rien. 

Et pourtant, on se prend à rire en lisant ces aventures à la Tintin sous crack tendance gore, enrobées par la malice et les clins d’yeux de Costes, qui fonctionnent aussi.

A vous de voir si vous voulez sauter dans la fosse aux serpents virtuels.

Le venin peut aussi soigner le mal par le mal.

 

Jean-Louis Costes, Guerriers amoureux, éd. Eretic, 288 pages. 18 euros.

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J'allais annoncer la nouvelle saison de Qui veut épouser mon fils ? sur TF1, mais je vais m'abstenir. Attends... On me dit qu'Hanouna veut me coller un procès au cul pour concurrence déloyale. Mais coco, c'est pas moi qu'il faut aller emmerder ! Enfin bref, tchao crétin. Qui veut zapper un bouffon ? 

Autrement que dire ? En plein dans les recherches sur Pinterest autour des ex-votos, retables et autres autels... Plus païens que véritablement chrétiens tendance catho-baroque. 

Et j'avoue que je tombe sur des créations absolument superbes, limite chiadées. Autant je ne suis pas tendre avec les religions, autant j'ai deux petits couacs à confesser (!)

1) leur art m'a toujours plus ou moins parlé. Tantôt ça véhicule une putain d'émotion, tantôt niveau technique y a une belle finition.

2) Même en étant pas du tout religieuse, je viens d'une famille croyante. Petite, le seul Livre de la Bible que j'adorais lire était l'Exode (surtout avec Moïse qui fend la Mer Rouge avec son bâton, ça me rappelle des trucs.). Et sans faire dans l'admiration béate la plus crasse, comment ne pas être fascinée par la figure d'un Jésus ? Contestataire de la Loi Mosaïque (se dresse contre les chefs religieux Juifs : les Pharisiens notamment) féministe (il parle aux femmes avec une aisance pas possible pour les mecs de l'époque, en pleine Judée annexée par Rome), anticapitaliste (les marchands chassés du temple)... Tout pour plaire en fin de compte, le bonhomme, une fois le contexte spirituel mis à part. 

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Un coeur sanglant, blessé, mais brillant d'une flamme divine. L'Extase et le Martyre, porté par un homme qui représente quand même le pur amour (étonnant pour une adepte païenne du Féminin sacré, non ? Même moi, ça me surprendra toujours.) Comment voulez-vous que ça ne parle pas à une gonzesse comme moi, en martyre amoureux perpétuel? 

Tout dépend du symbole recherché. Mais de tous ceux allègrement exploitées dans l'iconographie catholique, un seul me parle. Le Coeur sacré, ça vous dit quelque chose ? Avec les épines, la flamme au dessus...??? Selon Wikipédia : Le Sacré-Cœur est souvent représenté, dans l'art chrétien, sous la forme d'un cœur enflammé brillant d'une lumière divine, saignant car ayant été percé par la lance du soldat romain Longinus, entouré d'une couronne d'épines et surmonté d'une petite croix. Parfois, le cœur est centré sur le corps du Christ, avec ses mains transpercées dirigées vers lui, comme s'il allait l'offrir à la personne qui se tient devant lui. Les blessures et la couronne d'épines font allusion aux conditions de la mort de Jésus-Christ, alors que le feu symbolise le pouvoir transformateur de l'amour.

Ce qui ne pouvait que me parler, pour une folle de mon genre. La Folle du Sacré-Coeur... Jodorowsky... ça aussi, ça doit être une excellente histoire. En plus j'adore Jodo, j'ai sa Voie du Tarot dans mes livres fétiches (bonne analyse psychologique des cartes, indispensable), j'avais commencé à aimer certains de ses films (Santa Sangre, El Topo) et j'ai adoré sa collaboration avec Milo Manara comme scénariste de Borgia (la BD, hein, pas la série en deux versions, dont une avec Jeremy Irons pas encore visionnée...) 

Jeudi matin. J'arrive à la fin de mon article. Crise d'angoisse à une heure du matin, en larmes, à me demander comment j'ai fait pour être aussi maudite en amour. Ne me demandez pas pourquoi. Cette peur de l'abandon, de l'indifférence amoureuse, affective, le vieux démon qui ne me lâche pas. 

Mais je m'en fous, quelque part.

L'écriture, la lecture et ma vie sociale sont bien les seules choses qui me sauvent et me font oublier un peu combien c'est dur de se faire aimer plus loin que pour une simple amitié. Le sexe n'est pas un problème, jamais (surtout avec la pilule, la capote... Jouir avec un ami. Pardonner au futur de n'être pas si clément en misant sur l'instant présent). C'est le fait de ne pas pouvoir conquérir l'Autre en son coeur qui me gonfle royalement et m'arrache des larmes, à force d'y mettre mes forces.