La vie serait un songe, paraît-il.

Passé le choc de l'Eveil, il faut se lever. Articuler son intention vitale dans tout le corps de manière à effectuer l'action voulue. Pour espérer obtenir la confiance et l'affection d'une personne, c'est exactement la même façon de procéder, que la démarche aboutisse ou non à quelque chose de concret. Passé la frustration, la tristesse de ne pas être convoitée, il faut se remettre au travail.

Sourire. Parler pour ne pas dire grand chose. Prendre sa main à lui. Rire à une phrase stupide. Avouer son désir à demi-mots. Une caresse sur sa joue à lui. Sourire encore. Ressentir une pointe de jalousie à la moindre évocation féminine. Sourire toujours. 

Peter Gabriel - I grieve (City of Angels OST)

J'ai longtemps attendu, toujours adapté mon désir à l'extérieur.

Pour eux. Ceux que j'aime ou qui me plaisent. Toujours au détriment des volontés qui auraient du être les miennes.

Ma volonté véritable ? Fusionner. Faire l'amour sans trêve ni repos. Et trouver dans le mouvement des corps une expression de cette parole maudite que je n'ai plus jamais eu l'occasion de prononcer, Je t'aime, une bête déclaration, quelque chose de tout simple comme une flèche enduite de quelque substance qui n'a l'air de rien, mais qui vous plonge dans un état étrange sitôt qu'on vous l'a dit. Fusionner, oui madame. Fusionner, et plonger mes chairs maltraitées à l'Abilify et à la boulimie intempestive (une conséquence parmi d'autres de mon mal) dans l'Amour le plus infini, le plus inébranlable. Du plaisir en fusion, presque. Fait de l'alliage émotionnel le plus pur. 

Toujours lutter contre cette crainte de l'abandon. "Frappe du gauche, frappe des deux mains, avance toujours, avance !" chantait Lavilliers dans 15ème Round. C'est exactement ça, lutter contre l'impuissance qui te saisit en tant que borderline quand tu vois quelqu'un d'heureux ou de contenté. Nous cherchons toujours à nous rendre indispensables à qui nous aimons ou désirons. Mais quand cela n'est pas possible, nous en sommes malheureux à en crever, allant jusqu'à devenir les martyrs de nos propres émotions contrariées. Et quand cela est possible, toutefois, nous sommes prêts à déplacer des montagnes. C'est pourquoi selon cette quête insatiable qui nout meut sur la Terre, et selon les circonstances aussi, nous ne faisons pas qu'endosser le costume de la Victime ou du Sauveur (jamais du Bourreau), nous le vivons, avec nos coeurs, nos tripes, nos bites ou nos chattes, et nos glandes lacrymales, dans la joie ou le désespoir, mais AU PLUS PROFOND DE NOUS-MÊMES, NOUS SOMMES VIVANTS, BORDEL ! Si pour vous, vivre intensément, c'est faire le tour du monde ou le saut de Felix Baumgartner (pour qui j'ai par ailleurs tout le respect et l'admiration possibles), pour nous autres c'est faire le tour de nous-mêmes, c'est parler et comprendre notre propre langage émotionnel et/ou sensuel sans avoir l'impression de baragouiner... Bref, de fin connaisseurs de Soi, pour mieux comprendre l'Autre. Et mieux lutter en sa compagnie. 

Je n'aime pas trop le dire, par fierté individualiste, mais il y a des moments comme celui où j'écris que j'assume certaines réalités.

Oui, je suis en quête de l'Autre.

Qu'il s'agisse d'une amitié, amoureuse ou non, ou d'une relation un peu plus poussée mais toute aussi sérieuse. Toute relation saine est sérieuse tant qu'elle ne vous dévore, ni vous ni la personne d'en face. Mais par dessus l'Autre, je suis en quête d'une personnalité, de failles et et de qualités, de rires et de craintes. Je suis en quête d'une expérience de Vie et des leçons tirées de celle-ci, avant même de parler du moindre projet d'avenir. Je veux comprendre l'Autre pour pouvoir m'adapter à lui sans perdre de vue mon propre besoin. Sans parler de passer tous les caprices d'un individu, on peut être indépendante et faire preuve d'adaptation, sachant que ce qui est le plus important à observer n'est pas le besoin en lui-même, mais la façon dont on comble le besoin. 

Oui, je suis en quête de l'affection de l'Autre, quel qu'il soit, tout en m'efforçant de ne pas seulement recevoir, et de ne rien attendre de particulier. 

Je n'ai aucune attente, ou presque. Car nous sommes humains, il nous faut bien aspirer à quelque chose. Mais je n'ai pas d'attentes exagérées auxquelles il faudrait répondre jusqu'à ce qu'une autre du même type prenne le relais. Je n'attends rien socialement (que tu bosses dans l'intérimaire ou dans le courtage en assurances, ça ne change rien au fait que j'exige du respect et que j'en témoigne). Je n'attends rien au niveau matériel (donc pas d'attentions coûteuses, je ne suis pas une sugar baby, et ma situation financière et la réputation positive que l'on doit probablement me faire dehors me permettent de confirmer net que ton argent ne m'intéresse pas.) Même si mon homme m'offrait spontanément un sac, un parfum ou quelque chose dans le genre, je ne serais jamais aussi durablement comblée qu'avec sa présence sereine et heureuse. 

Oui, j'espère ou j'attends l'Autre, pas uniquement par besoin personnel de combler une lacune affective. 

Combien de fois j'ai considéré l'amour comme un remède.... Au lieu de le voir comme la conséquence directe du remède ? C'est si facile de se dire que l'autre va combler tous nos besoins, alors que nous sommes les premiers, individuellement, à être concernés. Tu veux qu'on te désire ? Regarde la beauté en toi, manifeste-là jusqu'au plus petit grain de peau (je ne parle pas forcément des apparences, mais il faut bien admettre qu'elles contribuent au bon déroulé de l'affaire) et renvoie-là à l'Autre. Tu veux qu'on te reconnaisse des qualités ? Manifeste-les, ne demande rien, ne revendique rien. On finira bien par remarquer que tu en es capable, et même à les vanter. 

Je pourrais en faire toute une liste. Mais faire la morale alors que je suis aussi imparfaite que n'importe qui ne m'intéresse pas. Je préfère me concentrer sur le temps présent pour manifester au mieux ce dont je suis capable. 

C'est bien de constater qu'on a des vices et d'essayer de les calmer sans y céder, sans jamais les faire disparaître totalement (du moins, si ils ne nous nuisent pas gravement...) mais c'est aussi parfois en ne se rendant pas compte de ses vertus, qu'on arrive à les manifester sans calcul. Ne pas prendre les louanges d'autrui sur nos qualités comme des confirmations pures et dures, mais comme des incitations à faire mieux encore, à consolider les capacités. NE PAS RESTER SUR SES ACQUIS INTELLECTUELS ET MORAUX !

 

J’aurai cette femme ; je l’enlèverai au mari qui la profane : j’oserai la ravir au Dieu même qu’elle adore. Quel délice d’être tour à tour l’objet & le vainqueur de ses remords ! Loin de moi l’idée de détruire les préjugés qui l’assiègent ! ils ajouteront à mon bonheur & à ma gloire. Qu’elle croie à la vertu, mais qu’elle me la sacrifie ; que ses fautes l’épouvantent sans pouvoir l’arrêter, &, qu’agitée de mille terreurs, elle ne puisse les oublier, les vaincre que dans mes bras. Qu’alors, j’y consens, elle me dise : "Je t’adore ;" elle seule, entre toutes les femmes, sera digne de prononcer ce mot. Je serai vraiment le dieu qu’elle aura préféré.

Soyons de bonne foi ; dans nos arrangements, aussi froids que faciles, ce que nous appelons bonheur est à peine un plaisir. Vous le dirai-je ? je croyais mon cœur flétri ; et ne me trouvant plus que des sens, je me plaignais d’une vieillesse prématurée. Mme de Tourvel m’a rendu les charmantes illusions de la jeunesse. Auprès d’elle je n’ai pas besoin de jouir pour être heureux. La seule chose qui m’effraie est le temps que va me prendre cette aventure ; car je n’ose rien donner au hasard. J’ai beau me rappeler mes heureuses témérités, je ne puis me résoudre à les mettre en usage. Pour que je sois vraiment heureux, il faut qu’elle se donne ; & ce n’est pas une petite affaire.

Je suis sûr que vous admireriez ma prudence. Je n’ai pas encore prononcé le mot d’amour ; mais déjà nous en sommes à ceux de confiance et d’intérêt. Pour la tromper le moins possible, & surtout pour prévenir l’effet des propos qui pourraient lui revenir, je lui ai raconté moi-même, & comme en m’accusant, quelques-uns de mes traits les plus connus. Vous ririez de voir avec quelle candeur elle me prêche. Elle veut, dit-elle, me convertir. Elle ne se doute pas encore de ce qu’il lui en coûtera pour le tenter. Elle est loin de penser qu’en plaidant, pour parler comme elle, pour les infortunées que j’ai perdues, elle parle d’avance dans sa propre cause. Cette idée me vint hier au milieu d’un de ses sermons, & je ne pus me refuser au plaisir de l’interrompre, pour l’assurer qu’elle parlait comme un prophète. Adieu, ma très belle amie. Vous voyez que je ne suis pas perdu sans ressource.

Lettre VI, le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil, in Les Liaisons dangereuses (1782)

Petit exemple de l'absolu visé par votre dévouée chroniqueuse. Oui, je sais. C'est précieux, c'est tout ce qu'on veut. Mais c'est quand même bien retranscrit au niveau de la psychologie amoureuse. 

Mais pour en revenir au début... (Parce que je me suis vachement égarée, et j'avais plus que des petits cailloux mon GPS pour me repérer)

Sourire. Parler pour ne pas dire grand chose. Prendre sa main à lui. Rire à une phrase stupide. Avouer son désir à demi-mots. Une caresse sur sa joue à lui. Sourire encore. Ressentir une pointe de jalousie à la moindre évocation féminine.

Se dire que si ce n'est pas cette personne, ce sera une autre. En attendant, sortir, rencontrer du monde, tisser et consolider sa toile sociale (pas uniquement Facebook)... Vivre au plus fort, quoi qu'il arrive. Rire fort, même si ça fait chier les voisins. Jouir, souvent, de tout, de qui voudra et par bien des moyens.

Sourire, toujours. 

Jouissance. Compassion. Amour. Connaissance. Gratitude. 

tantra